5 juin 1997 - 5 juin 2007 : dix ans après la guerre du Tipoye ?
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La faute à Jules
César !
Le
4 juin 1997, dans la nuit avancée, vers 22 heures, Sophie Moukouyou-Kimbouala,
Ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement donne lecture d’un
communiqué d’une extrême violence où il est question d’aller arrêter deux agents
de la sécurité rapprochée de Denis Sassou Nguesso qui se seraient rendus responsables de troubles ayant
occasionné des émeutes dans le Département de la Cuvette, notamment dans la
ville de Owando. Une altercation sanglante entre les
agents de la garde rapprochée du candidat Sassou Nguesso en tournée préélectorale dans la Cuvette et quelques
éléments de la sécurité du général Jacques Joachim Yhombi-Opango,
enfant du coin, qui dégénère en drame sanglant, suivi d’une chasse à l’homme
des partisans de Sassou résidents à Owando. Pour les incidents qui ont eu lieu le 10 mai dans
le département de la Cuvette, le gouvernement a attendu le 4 juin lors du
Conseil des Ministres pour décider des mesures à prendre contre les pseudo
fauteurs de troubles. C’est ainsi que dans la nuit du 4 au 5 juin 1997, les
blindés des Forces Armées Congolaises se positionnent devant la résidence
privée de Sassou Nguesso
pour tirer les premières salves qui vont déclencher la deuxième guerre civile
de la mandature du Président Lissouba, après celle de
1993 qui l’opposa à Bernard Kolélas dans son fief des
quartiers sud de Brazzaville.
Juste
après le déclenchement de ces affrontements, plusieurs versions vont alors être
livrées à la communauté internationale, à savoir : Coup d’état,
insurrection, guerre pour le contrôle de la gestion du pétrole, guerre du tipoye, etc. A la thèse du coup d’état perpétré par Sassou Nguesso ; thèse défendue
par les partisans du Président Lissouba, ce dernier
répond qu’il s’agissait au contraire d’une provocation visant à l’éliminer
physiquement pour qu’il ne puisse pas prendre part à la compétition électorale
qui allait s’ouvrir en juillet et août 1997, avec l’élection présidentielle.
Avec une formule qui restera dans les mémoires, Sassou
répondra à ses détracteurs : « On
ne fait pas un coup d’état en dormant dans son lit ».
Coup d’état, guerre pour
le contrôle du pétrole, provocation ou guerre du tipoye ?
Sassou ne doit pas rentrer à Owando comme Jules César, s’est-on entendu dire dans les
milieux proches de l’ancien Directeur de campagne du Président Lissouba. Si donc le tipoye fut
l’élément déclencheur de la violence du 5 juin par la seule volonté des
partisans de Sassou de l’honorer en le faisant
traverser la ville jusqu’à la place Marien Ngouabi où
allait se tenir le meeting de pré-campagne
électorale, personne n’ose croire que ce type de portage d’homme ait pu faire
perdre la raison à tout un gouvernement au point d’aller déclencher des
hostilités contre Sassou et ses partisans.
Force
est donc de rappeler que ce mode de transport traditionnel n’a jamais été
source de violence. Il n’a jamais généré des attitudes d’hostilités vis-à-vis
de ceux qui l’empruntaient. Bien au contraire. N’eut été l’approche de
l’élection présidentielle qui devait avoir lieu en juillet de cette année-là,
rien de bien grave aurait pu se passer. Les nombreux exemples qui illustrent
l’indifférence des Congolais à voir quelques notables utiliser ce mode de
transport, démontrent du caractère prémédité des partisans du pouvoir de
l’époque à pousser les limites de la courtoisie jusqu’à aller provoquer un
embrasement pour une question d’esthétisme ; si ce n’est de pédanterie.
Pourquoi, donc se tourner en ridicule en usant de l’échappatoire du tipoye pour opposer violement les Congolais entre eux ?
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Un
bref retour pour rappeler qu’en février 1963, le Président Fulbert Youlou, faisant un tour d’inspection du terrain qui allait
être choisi pour devenir le terrain d’aviation de Fort-Rousset,
s’était fait porter en tipoye par quatre bons
gaillards aux pieds nus. Arpentant le terrain hostile de Fort-Rousset
avec leur charge de Président de la République sur les épaules, les quatre
porteurs de l’abbé Fulbert Youlou ne pensaient pas
poser un acte blasphématoire pour la visite de ce qui allait devenir l’aéroport
de Fort-Rousset. A Owando,
personne, n’a dansé la danse Ekongo, ni encore moins
la danse de guerre Ikouma pour protester contre le
passage triomphale de l’abbé Youlou en tipoye.
En
1979, Jacques Joachim Yhombi-Opango, aussitôt porté à
la tête du Comité Militaire du Parti (CMP), n’a pas trouvé mieux que de se
faire porter en triomphe sur un tipoye par ses
partisans. Une tournée triomphale qui n’avait suscité aucun mouvement d’humeur,
encore moins soulevé des protestations de la part de l’opinion. Pourtant, ce
n’est pas l’attitude que le trio Jean Ngouabi, Jean
Michel Ebaka et Jacques Okoko,
ont eue lorsqu’ils répétaient à qui voulaient les entendre, leur hostilité de
voir Sassou rentrer en tipoye
dans leur fief électoral d’Owando. Cherchez et
trouvez l’erreur !
L’ancien Maire de Brazzaville, Bernard Kolélas, après avoir subi l’humiliante et cuisante défaite militaire de 1993 infligée par le Président Lissouba, vint par la suite, l’heure des symboles pour illustrer la réconciliation entre les frères ennemis qui fut couronner par une tournée d’explication dans le Pool. Lors de cette tournée, Kolélas fut triomphalement porté en tipoye. Comme un Messie qui venait délivrer la parole de la paix retrouvée entre les ressortissants du Pool et ceux des pays du Niari, Kolélas était au sommet de sa côte. Il en fut de même pour le Président Lissouba qui, après avoir défait militairement ce même
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Pool avant de le gratifier de sa célèbre formule la « Locomotive du
pays » fut, lui aussi, porté en tipoye !
Le
ridicule ne tue pas. Pouvait-on déclencher ces affrontements sanglants parce
que deux ou trois individus, bien que ne partageant pas les mêmes visions
politiques que Sassou, futur candidat à l’élection
présidentielle, avaient décidé de l’interdire à venir battre campagne dans un
fief qu’ils considéraient comme leur chasse gardée ? Se faire porter sur
un fauteuil traditionnel de Mwènè ou de Kani, suffisait-il pour provoquer ce « bouillon de sang » ? Guerre du
tipoye ou manipulation ? « Eh bien, répond André Milongo, le problème
est tout simple : le chef de l’Etat Pascal Lissouba
veut en découdre avec son prédécesseur Sassou-Nguesso.
Voilà la vérité ! Et sur ce point, aucun d’entre-nous n’est arrivé à lui
faire entendre raison, que ce soit Augustin Poignet du Sénat encore moins
Bernard Kolélas, député-maire de Brazzaville,… et
moi-même ». (Dixit André Milongo, in Continental n°1 juillet août 1997,
p.18).
Parti
d’une sombre histoire de tipoye, qui dégénère avec
l’exécution du soldat Brice Ngassaki alias Makoye abattu par un élément de la garde rapprochée de Sassou, le 10 mai 1997, marque certainement le début de la
crise de 1997, mais n’explique pas les raisons qui ont poussé le président Lissouba à interrompre sa participation au sommet
panafricain de Nairobi, de rentrer précipitamment à Brazzaville avant de
convoquer le Conseil des Ministres du 4 juin 1997 à l’origine du déclenchement de
la guerre civile du 5 juin.
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Mise à part la caricature de la guerre du tipoye où le Président Lissouba s’est laissé aller à certaines indiscrétions comme quoi, il s’agissait d’une « affaire entre les Nordistes et qu’il n’avait pas à s’y mêler », les raisons lointaines des troubles qui ont endeuillé le Congo seraient à rechercher dabord, dans la rupture de lalliance UPADS/PCT &
Apparentés, ensuite dans les alliances souterraines passées à partir de 1995 entre une certaine opposition et le pouvoir du Président Lissouba.
La mise en place du « Comité
Parlementaire Interrégional du Pool et des Pays du Niari
pour la paix » pour s’attacher le soutien des partisans de l’ancien
Maire de Brazzaville dans la guerre qui opposait le Président Lissouba à Sassou Nguesso, donne la pleine mesure de la stratégie qui a
enfanté le monstre du 5 juin ; stratégie mise en place par les éminences
politiques proches du Président Lissouba.
Le
27 juillet 1997 devait avoir lieu le premier tour de l’élection présidentielle.
La hantise de perdre le pouvoir par les urnes demeure, jusqu’à preuve du
contraire, la seule et unique motivation qui a poussé au déclenchement de la
guerre du 5 juin. Guerre du tipoye ?
P.SONI-BENGA.